Dans une grossesse sans complication, les rapports sexuels sont autorisés du premier au dernier jour, et le bébé, protégé par le liquide amniotique et le col utérin fermé par le bouchon muqueux, ne risque rien. Reste la question pratique : comment s’adapter à un corps qui change toutes les quelques semaines ? Les positions qui conviennent à 8 semaines ne sont plus les mêmes à 34.

À retenir
  • Les rapports sont autorisés pendant toute une grossesse sans complication.
  • Au deuxième trimestre, la position sur le côté évite toute pression sur le ventre.
  • Au troisième trimestre, la position en levrette soulage le dos.
  • Le placenta prævia et la rupture de la poche des eaux imposent de s’abstenir.

Premier trimestre : le corps change, le ventre pas encore

Rien n’empêche, sur le plan mécanique, de conserver ses habitudes. Le frein vient d’ailleurs : nausées, fatigue écrasante, seins devenus douloureux au moindre effleurement.

La position du missionnaire reste possible, mais elle appuie sur la poitrine, ce qui devient vite désagréable. Beaucoup de couples préfèrent alors la position où la femme est au-dessus, qui permet de contrôler la profondeur, le rythme et la pression sur les seins. Les positions sur le côté, en cuillère, sont aussi appréciées quand la fatigue domine.

La libido, elle, joue aux montagnes russes.

La hausse des hormones et l’afflux sanguin vers le bassin augmentent chez certaines femmes la sensibilité et le désir, tandis que d’autres perdent toute envie pendant des semaines. Les deux situations sont courantes, et aucune ne dit quoi que ce soit de la santé de la grossesse. Quelques saignements légers après un rapport peuvent survenir, car le col est plus vascularisé, mais ils justifient un avis médical s’ils persistent ou s’accompagnent de douleurs.

Deuxième trimestre : la fenêtre la plus confortable

Entre la 14e et la 27e semaine environ, les nausées s’estompent, l’énergie revient et le ventre reste assez discret pour ne pas gêner. C’est la période que beaucoup de femmes décrivent comme la plus sereine pour la vie intime. Le bassin est gorgé de sang, ce qui peut rendre les sensations plus intenses, y compris l’orgasme.

Un point change pourtant dès la fin de ce trimestre : l’utérus grossit assez pour comprimer la veine cave lorsque la femme est allongée sur le dos. Cette compression peut provoquer vertiges, malaise ou nausées, parce que le retour du sang vers le cœur diminue. Les sages-femmes conseillent donc de limiter le temps passé à plat dos, au profit d’une position légèrement inclinée avec un coussin sous le dos ou la hanche.

Trois options fonctionnent particulièrement bien à ce stade :

  • la position sur le côté, en cuillère, qui évite toute pression sur le ventre ;
  • la position avec la femme au-dessus, qui laisse la maîtrise des mouvements ;
  • la position assise, face à face, sur un fauteuil ou le bord du lit, qui soulage le dos.

Les coussins deviennent des alliés à part entière. Un oreiller sous le genou, un autre derrière les lombaires, et la fatigue musculaire recule nettement.

Troisième trimestre : inventer de nouveaux angles

À partir de la 28e semaine, le ventre impose sa loi. Le poids moyen pris au cours d’une grossesse tourne autour de 9 à 12 kilos, et le centre de gravité s’est déplacé, ce qui rend certaines postures acrobatiques ou franchement inconfortables. Les douleurs ligamentaires, les lombalgies et l’essoufflement s’invitent aussi, surtout dans le dernier mois.

La position en levrette, à quatre pattes ou penchée en avant sur un appui comme le dossier d’un canapé, soulage souvent le dos et libère le ventre de toute pression. La position en cuillère reste la valeur sûre, avec une pénétration moins profonde, ce qui évite les gênes liées à la position basse du bébé. Quant à la position assise, la femme à cheval sur son partenaire installé dans un fauteuil, elle permet de moduler l’angle et de garder le buste droit, pratique quand le souffle manque.

Le missionnaire classique, lui, devient impraticable pour la plupart des couples.

Une précision utile : en fin de grossesse, les contractions de Braxton-Hicks peuvent apparaître après un orgasme, car celui-ci stimule l’utérus. Elles sont en général brèves et irrégulières. Si elles deviennent régulières, douloureuses ou s’accompagnent de pertes de liquide, il faut appeler la maternité sans attendre.

Les situations où il faut s’abstenir

Certaines circonstances médicales justifient de suspendre les rapports avec pénétration, parfois jusqu’à l’accouchement. C’est le cas en présence d’un placenta prævia (placenta qui recouvre le col), d’un risque d’accouchement prématuré, d’une rupture de la poche des eaux, de saignements inexpliqués ou d’une béance du col. Dans ces situations, c’est le médecin ou la sage-femme qui fixe la règle, au cas par cas.

Parler de la sexualité en consultation reste rare, alors que les professionnels y sont habitués et ne s’en offusquent pas. Une question posée lors d’un rendez-vous de suivi suffit en général à lever un doute, et à savoir ce qui est permis dans votre grossesse plutôt que dans une grossesse moyenne.

L’intimité ne se limite d’ailleurs pas à la pénétration : massages, caresses, câlins prolongés et rapprochements sans rapport complet comptent aussi, notamment les semaines où l’envie ou l’énergie manquent. Beaucoup de couples disent que cette période les a poussés à communiquer davantage sur leurs désirs, un acquis qui dure souvent après la naissance, quand la reprise des rapports est recommandée vers la sixième semaine, lors de la visite postnatale.

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