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J’ai coupé la télé dès que les incendies passaient aux infos pour protéger ma fille : le soir où elle m’a posé une question, j’ai compris que je faisais l’inverse

On pense souvent bien faire en éteignant la télévision dès qu’un sujet anxiogène apparaît au journal. Protéger, filtrer, préserver l’innocence : le réflexe semble évident, presque instinctif. Pourtant, cet été de canicule et de feux qui ravagent une partie du pays, j’ai découvert que ce geste de parent, aussi bienveillant soit-il, pouvait produire l’effet inverse de celui recherché. Ma fille de 7 ans, un soir, m’a posé une question qui a tout remis en question. Elle m’a demandé, très sérieusement, si notre maison allait brûler pendant la nuit. J’étais persuadée de l’avoir tenue à l’écart des images. Elle avait pourtant construit, dans le silence que je lui offrais, une peur bien plus grande que ce que la télé aurait pu lui montrer.

Couper la télé ne suffit pas : le silence nourrit aussi les peurs des enfants

Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que les enfants captent tout, même ce qu’on croit leur épargner. Une bribe de conversation entre adultes à la boulangerie, un titre entendu à la radio en voiture, l’odeur de fumée dans l’air, les discussions à la récréation… Les informations arrivent par mille canaux. En coupant brutalement la télévision sans un mot, je ne supprimais pas l’angoisse : je la laissais flotter sans explication. Ma fille comprenait que quelque chose de grave se passait, assez grave pour que maman change de chaîne d’un coup, mais elle n’avait aucune clé pour poser des mots dessus. Et un enfant qui ne comprend pas invente. Souvent bien pire que la réalité. Le silence, contrairement à ce qu’on imagine, n’est pas un cocon : c’est un vide que l’imagination remplit à sa manière, avec ses propres monstres.

Mettre des mots simples sur les flammes et la chaleur transforme l’angoisse en compréhension

Après cette fameuse question, j’ai changé d’approche. J’ai décidé de nommer les choses, calmement, avec des mots à sa hauteur. Oui, il y a des incendies dans le sud. Oui, il fait très chaud, plus chaud que d’habitude. Non, notre maison n’est pas en danger, parce que nous habitons loin des forêts touchées et que des pompiers travaillent nuit et jour pour arrêter le feu. J’ai expliqué la canicule comme une grosse vague de chaleur qui passe, les incendies comme un phénomène qu’on sait combattre. Sans dramatiser, sans minimiser non plus. J’ai vu, presque immédiatement, ses épaules se relâcher. Ce n’était pas l’information qui l’angoissait, c’était le flou. Voici ce que j’ai retenu, et qui pourrait aider d’autres parents en ce moment :

  • Utiliser des phrases courtes et un vocabulaire adapté à l’âge de l’enfant.
  • Répondre uniquement aux questions posées, sans en rajouter.
  • Nommer les émotions : « tu as le droit d’avoir peur, moi aussi parfois ».
  • Éviter les images en boucle sur les chaînes d’info, mais ne pas cacher l’existence de l’événement.
  • Rassurer avec des faits concrets et géographiques : où on est, à quelle distance, qui intervient.

Montrer les gestes qui protègent redonne à l’enfant un pouvoir face à ce qui l’effraie

Le dernier déclic est venu quelques jours plus tard. Plutôt que de la laisser subir la situation, je l’ai impliquée. Nous avons fermé les volets ensemble aux heures les plus chaudes, préparé une petite brumisation, rempli des gourdes pour la journée, vérifié que le ventilateur fonctionnait bien. Je lui ai montré comment les pompiers s’équipent, comment les Canadair puisent l’eau dans la mer, comment on prévient les départs de feu en évitant les barbecues et les mégots. Elle est devenue actrice, plus seulement spectatrice. Un enfant qui agit, même à sa petite échelle, se sent capable. Et un enfant qui se sent capable a beaucoup moins peur. Voici un petit tableau qui peut aider à structurer les discussions à la maison :

Ce que ressent l’enfantEffet observéCe qu’on peut faire
Peur diffuse, cauchemarsSilence des adultes autour du sujetExpliquer avec des mots simples
Sentiment d’impuissanceImages vues sans contexteMontrer les secours et les gestes utiles
Angoisse pour la maisonManque de repères géographiquesSituer sur une carte, rassurer avec des faits
Chaleur mal vécueFatigue, irritabilitéRituels de fraîcheur partagés

Ce que j’ai appris ce soir-là

Protéger nos enfants, ce n’est pas les enfermer dans une bulle où rien de grave n’existe. C’est leur donner les outils pour comprendre le monde, y compris quand il tremble. Expliquer les faits calmement, sans dramatiser, valoriser les gestes concrets qui protègent, limiter les images en boucle sans pour autant faire semblant que rien ne se passe : voilà l’équilibre que je cherche désormais. Ma fille dort mieux depuis. Moi aussi, d’ailleurs. Et si, finalement, la meilleure façon de rassurer un enfant n’était pas de le tenir à l’écart du monde, mais de traverser avec lui, à sa main, les moments où le monde fait un peu peur ?

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Marie R.

Rédigé par Marie R.

Je suis Marie, rédactrice attentive à l’équilibre personnel et relationnel. J’écris sur le bien-être, la forme et la vie à deux. Avec une approche concrète et douce.