Précision importante : il existe aujourd’hui deux dispositifs distincts dans les écoles françaises, et il est facile de les confondre. D’un côté, le questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles, encadré par un décret publié au Journal officiel, qui s’adresse à tous les élèves de la grande section jusqu’à la terminale. De l’autre, l’enquête harcèlement classique, menée chaque année du CE2 à la terminale. Entre ces deux outils, les parents peuvent se sentir perdus, inquiets, parfois même tentés de dire non par réflexe de protection. C’est exactement ce qui s’est joué un soir, dans une famille comme tant d’autres, quand un refus bien intentionné a révélé, sans le vouloir, un malaise que l’enfant n’arrivait pas à formuler autrement.
- Le questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles, distinct de l'enquête harcèlement classique, est anonyme et réservé à un personnel désigné, mais les parents conservent un droit d'opposition.
- En refusant le questionnaire pour son fils, une mère a découvert qu'il avait ainsi perdu un espace neutre pour exprimer un mal-être qu'il n'osait pas formuler autrement.
- Dès le 2 novembre 2026, un nouveau questionnaire adapté à l'âge sera déployé de la grande section à la terminale, avec une enquête harcèlement du 5 novembre au 11 décembre 2026, soutenue par 20 000 personnels mobilisés.
Ce jour-là, j’ai dit non au questionnaire, persuadée de bien faire
Quand le mot est arrivé dans le cahier de correspondance, la réaction a été immédiate : un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles, destiné à mon fils, encore si jeune. L’idée qu’il puisse répondre seul à des questions aussi délicates, sans accompagnement à la maison, a semblé trop lourde à porter. Comme beaucoup de parents informés en début d’année scolaire de leur droit d’opposition, j’ai coché la case du refus, convaincue d’agir pour son bien. Dans ma tête, protéger signifiait écarter, retarder le moment où il faudrait aborder des sujets aussi sensibles. Je ne savais pas encore que le nom et le prénom ne sont même pas obligatoires sur ce document, que les réponses sont examinées par le directeur d’école, l’enseignant et des personnels désignés, et qu’un cadre strict entoure justement ce type de démarche pour éviter tout débordement. J’avais décidé à sa place, persuadée que le silence valait mieux que l’inconnu.
Le soir même, mon fils m’a montré ce que mon refus avait provoqué
Le soir, à table, quelque chose clochait. Pas de drame visible, pas de larmes spectaculaires, juste ce silence un peu plus long que d’habitude, ce regard qui fuyait, cette façon de picorer dans son assiette sans vraiment manger. Il a fini par lâcher, presque timidement, qu’il aurait aimé répondre au questionnaire, lui aussi, comme ses camarades. Pas parce qu’il avait quelque chose de grave à signaler, mais parce que ce moment représentait un espace où il aurait pu poser des mots, en toute discrétion, sur des choses qu’il n’osait pas aborder directement avec moi. En lui disant non, j’avais fermé une porte qu’il n’avait pas d’autre moyen d’ouvrir. Les chiffres du dernier baromètre rappellent que les situations de harcèlement touchent 3 % des écoliers du CE2 au CM2, et que 13 % supplémentaires se trouvent dans une zone intermédiaire à surveiller. Ce soir-là, j’ai compris que le silence que je pensais protecteur pouvait, au contraire, laisser un enfant seul face à ce qu’il traverse.
| Problème | Effet sur l’enfant | Solution concrète |
|---|---|---|
| Refuser le questionnaire par peur | L’enfant perd un espace neutre pour s’exprimer | Se renseigner sur le contenu réel avant de s’opposer |
| Confondre les deux dispositifs scolaires | Décision prise sur une mauvaise base | Lire attentivement l’information transmise en début d’année |
| Minimiser les silences ou les gestes du quotidien | Retard dans la prise en charge d’un mal-être | Observer les changements de comportement le soir, après l’école |
Dès novembre 2026, ce nouveau questionnaire pourrait changer la donne pour tous les élèves
Le décret publié le 15 octobre 2026 encadre précisément ce dispositif, et sa mise en œuvre démarre dès la rentrée du lundi 2 novembre 2026, juste après les vacances de la Toussaint. Dès cette date, le ministère annonce un questionnaire adapté à l’âge des élèves, de la grande section jusqu’à la terminale, avec des formulations et un niveau de langage pensés pour chaque tranche scolaire. La journée nationale contre le harcèlement est quant à elle fixée au jeudi 5 novembre 2026, marquant le lancement de l’enquête harcèlement proprement dite, qui se poursuit jusqu’au vendredi 11 décembre 2026. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, justifie l’ampleur du dispositif en avançant qu’environ 10 % des enfants seraient concernés par des abus sexistes et sexuels, soit l’équivalent de trois enfants par classe. Pour accompagner ce déploiement, 20 000 personnels, infirmières scolaires, assistants sociaux, psychologues et médecins, sont mobilisés pour intervenir auprès de 500 000 classes à travers le pays.
Pour s’y retrouver et aborder sereinement ces questionnaires avec son enfant, quelques repères concrets peuvent aider :
- Le nom et le prénom de l’élève restent facultatifs sur le document.
- Les réponses sont consultées uniquement par des membres du personnel désignés par le directeur d’école ou le chef d’établissement.
- Un questionnaire nominatif révélant une situation grave déclenche un entretien encadré avec un membre du personnel formé.
- Deux heures de cours sont banalisées pour l’enquête harcèlement, entre le 5 novembre et le 11 décembre 2026.
- Les familles conservent un droit d’opposition, à condition d’être informées en amont des modalités précises.
Face à ces chiffres et à ce calendrier, mieux vaut privilégier l’information avant la décision, échanger avec l’enseignant si un doute subsiste, et surtout garder une porte ouverte au dialogue à la maison, en complément de ces outils scolaires plutôt qu’en remplacement.
Protéger un enfant ne consiste pas toujours à l’écarter des dispositifs mis en place pour lui, mais parfois simplement à l’accompagner pour qu’il s’en saisisse sereinement. Ce questionnaire, aussi imparfait soit-il, peut devenir une passerelle vers une parole qui peine à se dire autrement, surtout à un âge où les mots manquent encore pour nommer ce qui dérange ou inquiète. Rester attentif aux silences du soir, aux détails qui semblent anodins, reste sans doute le meilleur complément à ces dispositifs officiels.

