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On me répétait « tu le couves trop » à chaque repas de famille : le jour où j’ai compris ce que cette phrase faisait vraiment, j’ai arrêté de me justifier

Il y a cette scène qui se répète, presque toujours identique. Le plat qui circule, les verres qu’on remplit, et mon petit dernier qui vient se blottir contre moi parce qu’il est fatigué, ou intimidé, ou simplement parce qu’il en a besoin. Et là, immanquablement, la remarque tombe, mi-tendre mi-piquante : « tu le couves trop ». Parfois lancée par un oncle, parfois par une belle-sœur, parfois par ma propre mère. Toujours avec ce petit sourire qui se veut bienveillant mais qui laisse un arrière-goût étrange. Pendant des années, j’ai souri en retour, j’ai bafouillé une justification, j’ai éloigné mon enfant en douce pour avoir la paix. Puis un jour, j’ai vraiment écouté ce que cette phrase venait faire chez moi. Et chez lui.

Cette petite phrase anodine cache en réalité une charge émotionnelle énorme

« Tu le couves trop », en apparence, c’est trois fois rien. Une observation lancée entre la salade et le fromage. Sauf que ces quatre mots portent un jugement implicite : tu fais mal, tu en fais trop, tu vas l’abîmer. Et quand on est déjà épuisée par la charge mentale d’une famille nombreuse, ce genre de remarque agit comme une petite goutte qui, mise bout à bout avec toutes les autres, finit par déborder. On rentre chez soi le dimanche soir avec une drôle de sensation, ce mélange de doute et de colère rentrée. On se demande si on a raison de câliner autant, de rassurer autant, de porter autant. On commence même, sans s’en rendre compte, à repousser légèrement son enfant en public pour éviter le commentaire. Et c’est précisément là que la phrase fait le plus de dégâts : elle ne blesse pas seulement le parent, elle s’invite discrètement dans la relation.

Répondre aux besoins affectifs de son enfant n’a jamais été synonyme de surprotection

Il faut remettre les choses à leur place. Un enfant qui vient chercher un câlin, un genou, une épaule, ne demande pas qu’on décide à sa place, qu’on l’empêche de grimper à l’arbre ou qu’on lui coupe sa viande jusqu’à ses douze ans. Il demande à recharger ses batteries affectives. Et un enfant dont les besoins de sécurité sont remplis devient, paradoxalement, un enfant plus autonome, plus curieux, plus capable d’aller vers les autres. Couver, au sens péjoratif, ce serait empêcher, décider, contrôler. Répondre à un besoin d’attachement, c’est tout autre chose. La confusion entre les deux est pourtant tenace, notamment dans les familles où l’on a grandi avec l’idée qu’il fallait « endurcir » les enfants.

Ce qu’on entendCe que ça provoqueCe qu’on peut faire
« Tu le couves trop »Doute, culpabilité, retrait affectifRappeler que répondre n’est pas surprotéger
« Il va devenir capricieux »Peur de mal faire, distance forcéeContinuer à accueillir l’émotion sans se justifier
« À son âge, quand même… »Comparaison, honteRecentrer sur son enfant et ses besoins réels
« De mon temps, on ne faisait pas ça »Sentiment d’être jugéeAccepter le décalage sans entrer en conflit

Le jour où j’ai cessé de me justifier, tout a changé dans ma parentalité

Le déclic est venu un dimanche d’été, autour d’un plat qui refroidissait. Mon fils, quatre ans, venait de se réfugier contre moi après une remarque un peu sèche d’un adulte. La phrase est tombée, et pour la première fois, je n’ai rien répondu. J’ai juste posé ma main sur son dos et j’ai continué ma conversation. Pas de justification, pas de plaidoirie, pas de démonstration pédagogique. Rien. Et là, quelque chose s’est apaisé, en moi d’abord, puis autour de la table. Depuis, j’ai adopté quelques réflexes simples qui m’ont beaucoup aidée :

  • Ne pas transformer chaque remarque en débat : un sourire poli suffit souvent.
  • Se rappeler que la personne en face parle depuis son histoire, pas depuis la mienne.
  • Préparer une phrase courte type « il a besoin de moi là, ça va passer » pour couper court sans agressivité.
  • Éviter de repousser physiquement son enfant pour faire bonne figure.
  • Refaire le point une fois rentrée à la maison, au calme, plutôt que devant tout le monde.
  • Accepter de ne pas convaincre : on ne change pas les regards en un repas.

Ce que je retiens aujourd’hui de ces repas de famille

Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que me justifier revenait à donner du crédit à une critique qui n’en méritait pas. En expliquant, en argumentant, en citant des lectures, je plaçais ma manière d’aimer mon enfant sur le banc des accusés. Or, il n’y a rien à défendre. Un enfant qui se sent en sécurité auprès de son parent ne devient pas fragile, il devient confiant. Et un parent qui écoute les besoins de son enfant ne l’enferme pas, il lui donne des ailes plus solides. Les repas de famille n’ont pas changé du jour au lendemain, les remarques reviennent parfois, mais elles glissent. Je ne les prends plus pour moi.

Alors si vous aussi, vous entendez cette petite phrase revenir à chaque tablée, peut-être qu’il est temps de vous poser cette question : à qui devez-vous vraiment des comptes sur la façon dont vous aimez votre enfant ?

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Marie R.

Rédigé par Marie R.

Je suis Marie, rédactrice attentive à l’équilibre personnel et relationnel. J’écris sur le bien-être, la forme et la vie à deux. Avec une approche concrète et douce.